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Pourquoi je reste anonyme : ce que la discrétion change dans une démarche d'alignement
On me demande régulièrement de montrer mon visage, de nommer mon parcours en détail, de produire la preuve que je suis qui je dis être. La question est légitime — surtout à une époque où l’on a appris, à juste titre, à se méfier des voix sans corps. Je voudrais répondre, une fois, calmement.
Je reste anonyme pour deux raisons. La première est pratique : mon parcours professionnel, qui se poursuit aujourd’hui, ne permet pas que je signe publiquement ce que j’écris ici. C’est une contrainte réelle, pas un effet de style. La seconde, plus intéressante, est que la retenue m’est apparue, en travaillant, comme une condition de la justesse — et j’ai fini par y voir une discipline, et non une limite.
Je voudrais expliquer ce que la discrétion change, concrètement, dans une démarche comme celle-ci.
Elle déplace l’attention de l’auteure vers le travail. Quand on connaît le visage, le secteur, l’employeur d’une femme qui écrit, on lit ce qu’elle écrit à travers ce qu’on sait d’elle. C’est inévitable. On évalue, on compare, on se projette ou on se distancie. La force du propos est filtrée par la familiarité ou l’étrangeté de la personne qui le porte. Quand on ne sait rien, ou presque, il ne reste plus que le texte. Le texte tient debout ou il ne tient pas. C’est une exigence que je m’impose à moi-même, et qui est plus utile pour vous que vous ne le croyez.
Elle empêche la mécanique de l’aspiration. L’une des choses qui m’ont le plus inquiétée, en observant ce qui se publie sur l’évolution professionnelle des femmes, est la rapidité avec laquelle un parcours individuel se transforme en modèle. Une femme raconte sa trajectoire, et des centaines d’autres femmes l’adoptent comme référence, parfois en la copiant dans des détails qui ne leur appartiennent pas. Je ne crois pas à la transmissibilité directe d’une trajectoire. Je crois à la transmissibilité d’une méthode. En restant anonyme, j’évite que vous orbitiez autour d’une figure dont la silhouette n’a, en vérité, aucune raison d’être la vôtre. Ce que je vous propose n’est pas de me ressembler. C’est de vous ressembler. Le visage manquant est une forme de cette permission.
Elle protège la sobriété du registre. Une femme qui sait qu’elle sera vue mesure, à chaque phrase, ce que la phrase fait à son image. C’est humain, et c’est très bien — mais ce calcul, même inconscient, modifie l’écriture. Il introduit une couche de prudence, ou au contraire de séduction, qui n’a rien à voir avec ce qu’on est en train de dire. En écrivant sans visage, je n’écris pas mieux. J’écris simplement avec moins de bruit. Et le travail demande, à ce stade, qu’il y ait le moins de bruit possible.
Cela ne veut pas dire que la voix qui vous parle n’a pas de corps, pas d’histoire, pas de cicatrices. Cela veut dire qu’elles ne sont pas le sujet. Le sujet, c’est vous, et c’est ce que vous traversez. La méthode que je propose ne fonctionnerait pas mieux si vous saviez où j’habite.
Je sais que cette posture peut sembler austère, presque inaccessible, dans un paysage où l’on attend de chaque autrice qu’elle se livre. Je l’assume. La discrétion est, pour moi, une marque d’attention. Une façon de dire : ce que vous lisez ici a été pensé pour vous, et non pour me servir.
Je voudrais ajouter une précision, parce qu’elle évite un malentendu fréquent. Mon anonymat ne signifie pas qu’on travaille avec moi à l’aveugle. Le texte est là, les exercices sont là, la garantie de remboursement intégral pendant trente jours est là. Vous pouvez ouvrir le Protocole, lire le premier jour, faire l’exercice associé, et décider en connaissance de cause si la voix qui vous parle est juste pour vous. Si elle ne l’est pas, vous repartez. Le risque est faible ; la décision reste la vôtre. Une autrice anonyme n’est pas une autrice non vérifiable. Elle est, simplement, une autrice qu’on évalue par son travail plutôt que par son curriculum.
Si vous travaillez avec ce que j’écris, et que cela vous ouvre quelque chose, alors mon visage est, à la lettre, sans importance. Si cela ne vous ouvre rien, mon visage ne le rattraperait pas. La voix qui vous écrit le sait, l’assume, et préfère cette ascèse à la facilité de la familiarité.